SUITE ET FIN
La confusion, commencée dans le rapport du signifiant au signifié, continue dans l'idée que se font les protagonistes d'une partie de pied-balle: quand une équipe perd, elle considère qu'elle a gagné parce que sa défaite n'est pas aussi lourde que ce qu'elle avait prévu; quand une équipe gagne, elle estime qu'elle a perdu puisque sa victoire n'est pas assez éclatante à son goût; quand la partie est nulle (dans tous les sens du mot, en général), soit les équipes pensent avoir gagné parce qu'elles n'ont pas perdu, soit l'inverse. N'essayez pas de comprendre, encore moins d'expliquer que ce sport subtil remplit une fonction esthétique particulière dans le continuum onirico-spéculatif, vous gâcheriez votre vitalité et votre effervescence intellectuelles dans un grand bruit de floc-floc.
La prolifération lapinesque des compétitions et leurs organisations ubuesco-kafkaïennes constituent l'un des effets les plus visibles de cette confusion. On recense des équipes bambines, juniors, espoirs, seniors, gérontes, amateurs, semi-amateurs, semi-professionnelles, professionnelles, de ligue, départementales, interdépartementales, régionales, inter-régionales, nationales, d'honneur, de troisième, de deuxième, de première divisions. Un bocson redoutable en comparaison duquel le code général des impôts ressemble à une leçon de guitare sommaire. Pour les compétitions (les "compètes", en un seul mot, disent les initiés; voir ci-dessous), cela relève du délire maniaco-dépressif aigu: pour toutes les catégories d'équipes décrites plus haut, on prévoit des matchs amicaux (ce qui peut laisser penser qu'il existe également des matchs inamicaux, voire franchement hostiles), des coupes, des championnats, des championnats de championnats, des coupes de coupes, des championnats de coupes et des coupes de championnats, de saison, d'année, pluriannuels, continentaux, intercontinentaux, mondiaux, et peut-être bientôt interplanétaires et galactiques. Trouvez le nombre de combinaisons possibles et vous obtiendrez la distance de la Terre à l'Alpha du Centaure (et gagnerez du même coup un an d'abonnement gratoche à l'Udépé). Une inflation vertigineuse qui relègue les assignats au rang d'aimable partie de Monopoly.
Tant et si bien qu'à la fin, tout le monde peut gagner, mais personne ne peut gagner: si tout le monde est gagnant, personne n'est gagnant, donc tout le monde est perdant, et si tout le monde est perdant, en vérité personne n'a perdu, puisque la défaite suppose nécessairement la victoire et inversement, et ainsi de suite jusqu'à toujours.
Nous avons également observé que le jargon du jeu de pied-balle révélait des refoulements - aussi notoires que caractérisés - des activités qui font la joie et le bonheur de tout être humain normalement constitué. Ainsi des expressions telles que "c'est la séance des tirs au but" peuvent être contrepétées en "c'est la séance des bites au rut", ou bien "le ballon d'or" en "le beau dard long", ou encore "le coup atteint son but" en "le bout atteint son ***". Et quand on regarde l'émission "Télé-Foot", c'est forcément une émission "toute fêlée".
Comme on le voit, le jeu de pied-balle crée et entretient des aberrations langagières et sociales qui se nourrissent mutuellement les unes des autres en donnant corps à un système hyperstructuré et bouffi de lui-même, dont la finalité ultime est, tels un trou noir ou un siphon de lavabo, d'engloutir les individus qui s'en approchent. Dans la deuxième partie, nous causerons des margoulins et des jobards du jeu de pied-balle, et autres arsouilles, gouapes, frapadingues, benêts et couillons en tous genres.
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Anti foot
Une étude très sérieuse en deux parties
Site Officiel anti-foot
deuxième partie